Etude qualitative sur les perceptions des décisions de justice (de type fermeture et blocage) par les consommateurs ayant des pratiques illicites

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13/11/2014

Le DREV de l’Hadopi a réalisé en juin 2014 une étude qualitative auprès de consommateurs ayant des pratiques illicites de consommation.

Dans le cadre de sa mission d’observation des usages, le département Recherche, Etudes et Veille (DREV) de l’Hadopi a réalisé en juin 2014 une étude qualitative auprès de consommateurs ayant des pratiques illicites de consommation de musique, séries télévisées et/ou films. Le but de cette étude était de comprendre la perception et donc les éventuelles répercussions des décisions de justice (telles que le blocage ou la fermeture de plateformes) sur les usages des internautes. Cette démarche qualitative a pris la forme de six « focus groups » (5 à 8 participants par groupe), où les participants sont amenés à échanger librement autour de leurs pratiques et de leurs perceptions. Cette méthodologie favorise l’expression des interviewés et permet d’obtenir des échanges dynamiques, garantissant la richesse des informations qui en découlent.  


Télécharger le rapport court de l'étude


Télécharger le rapport complet de l'étude

 

NB - Note de lecture :

 

  • Comme toute étude qualitative, cette étude n’a pas vocation à être représentative. Elle cherche à investiguer en profondeur les usages, attitudes, opinions, etc. des sondés par rapport à un sujet donné. Contrairement aux études quantitatives qui répondent à la question « quelle proportion », les études quantitatives répondent aux « pourquoi » et « comment », sans chercher à extrapoler les réponses à l’ensemble de la population.

 

  •  Les personnes interrogées sont toutes consommatrices de biens culturels dématérialisés ayant des pratiques illicites. La méthodologie retenue dans la présente étude est celles des groupes de discussion, ou « Focus Groups », qui permet un échange spontané et riche entre les participants, faisant ressortir aussi bien des points de vue variés et argumentés que des motivations non rationnelles. Sur la base du même guide d’entretien, des consommateurs ayant des pratiques licites ne feraient probablement pas état des mêmes réactions.

 

  •  Les rapports synthétisent et analysent la parole des personnes interrogées dans le cadre de l’étude. Ils reflètent donc leur perception. Les réponses des consommateurs recueillies dans le cadre cette étude ne traduisent donc en aucun cas une quelconque position de la Haute Autorité sur l’efficacité des décisions de justice. Par ailleurs, l’étude ne se fonde pas sur une analyse juridique des dispositifs de filtrage ou de blocage existants.

 

  •  Est entendu dans cette étude une appréhension vulgarisée de ces deux notions par les consommateurs qui ne recouvre pas une approche juridique précise des dispositifs juridiques existants, mais que l’on pourrait définir, au vu de leur interprétation, comme suit: 

 

o   Blocage : serait une mesure demandant aux prestataires techniques (notamment fournisseurs d’accès à internet) d’interdire l’accès à un ou des sites et plateformes déterminés. Les sites et plateformes visées deviennent alors inaccessibles à partir du territoire concerné, mais restent actifs.  Le blocage est une mesure limitée dans le temps.

o   Fermeture : serait une mesure de fermeture rend un site ou plateforme inaccessible de n’importe quel pays. Cette mesure est définitive.

 

Plus de deux ans  après la fermeture de Megaupload et Megavidéo, les mesures de blocage et de fermeture sont toujours d’actualité, comme l’a récemment montré la décision de blocage de nombreuses plateformes de streaming telles que DPstream.tv, Allostreaming.com, Alloshare.com, Alloshotv.com, etc. Par ailleurs, il est apparu au cours d’études précédemment conduites par le DREV que la fermeture de Megaupload avait été un fait particulièrement marquant pour les consommateurs ayant des usages illicites, certains évoquant à cet égard le « deuil d’une génération » (étude sur les "digital natives", publiée en février 2013). Il semblait donc intéressant d’interroger les consommateurs ayant des usages illicites sur leur perception de l’impact que ce genre de mesures a eu sur leurs usages.

 

Il ressort de cette étude les informations clés suivantes :

 

  1. 1.       Perception des dispositifs de fermeture et de blocage

 

Les mesures de fermeture et de blocage apparaissent comme des moments de rupture, mais à des degrés divers : 

Les mesures de blocage sont peu évoquées / identifiées par les participants :

 

  •  Des sites miroirs qui prennent souvent le relais, brouillant les repères

 

  •  Souvent assimilées à des fermetures : des confusions fréquentes

 

  •  Des mesures souvent jugées inefficientes et davantage préjudiciables pour le propriétaire du site que pour l’internaute lui-même, qui trouvera de toute façon une autre source illicite

 

La fermeture de Megaupload constitue en revanche un  point d’ancrage temporel, créant un « avant et un après ». Aux yeux des participants, cet événement a  marqué un tournant dans la lutte contre les pratiques illicites, tant par son envergure que par sa visibilité (véritable buzz médiatique).

 

 

En ce sens, cela a déstabilisé les usages quotidiens et a redessiné l’écosystème des utilisateurs :

 

  •  Une période de flou apparaît

 

  •  Les internautes se sentent déstabilisés et, sur le coup, peuvent se tourner vers une offre licite … mais pour la plupart avant de rebondir vers l’illicite

 

  •  Dans cette période, ils sont souvent dans une logique attentiste, de temporisation

 

 

 

  1. 2.    Perception de leur l’impact sur « l’offre illicite »

 

A la suite de la fermeture de la galaxie Mega, de nombreux sites ont émergé, comblant ainsi le vide laissé :

 

  •  Un sentiment d’une offre foisonnante, fragmentée, qui s’est largement démultipliée

 

  •  Une concurrence de plus en plus accrue entre ces « nouveaux venus »

 

  •  On est passé de l’ère du « site réflexe » à un mode d’entrée avec recherche par nom d’œuvre + nom d’accès dans les moteurs de recherche

 

En parallèle, les participants estiment qu’il y a eu un  nivellement vers le bas, avec une offre de moins en moins qualitative , avec des standards revus à la  baisse :

 

  •  Certes plus de sites … mais de moins bonne qualité

 

  •  En ce sens, certains évoquent parfois une forme de nostalgie à l’égard de l’ère Megaupload

 

 

 

  1. 3.      Perception de leur impact sur les usages

 

Il existe aujourd’hui un sentiment d’insécurité pour le consommateur :

 

  •  Un côté aléatoire / éphémère (des sites qui disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus)

 

  •  Une concurrence acharnée entre les sites (où tous les coups bas semblent permis : sentiment d’anarchie)

 

  •  Un univers de plus en plus opaque (pour mieux passer entre les mailles du filet)

 

- Désormais, des sites / chemins d’accès auxquels les consommateurs se déclarent peu fidèles, jonglant de l’un à l’autre, ne retenant même pas leur nom le plus souvent.

- Sentiment d’un monde « sans foi ni loi », accentuant des possibilités de croissance pour une offre licite attractive, simple et de bonne qualité.

 

Les offres licites ont été en effet citées spontanément comme « outils » de lutte contre la consommation illicite. Face au « chaos » laissé par la fermeture de MegaUpload/Megavideo sur le marché des modes d’accès illicites, l’offre légale peut apparaître comme une véritable alternative, sous réserves qu’elle soit facile d’accès, simple à utiliser et qu’elle réponde aux attentes des consommateurs en termes de contenus.